par Nandita Bose, Matt Spetalnick et Humeyra Pamuk
Le dénouement de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël il y a deux semaines contre l'Iran fait l'objet d'une lutte d'influence entre conseillers à la Maison blanche, qui s'opposent sur le moment et la manière dont Donald Trump proclamera la victoire.
Des entretiens de Reuters avec un conseiller du président américain et d'autres personnes proches de ces délibérations montrent que certains responsables économiques, du département du Trésor et du Conseil économique de la Maison blanche notamment, mettent en garde contre les conséquences d'un choc pétrolier sur l'inflation et la croissance.
Des conseillers politiques, comme la cheffe de cabinet de la Maison blanche Susie Wiles et son adjoint James Blair, avancent des arguments similaires, insistant sur le coût politique de la hausse des prix de l'essence.
Ils incitent Donald Trump à définir la victoire de manière restrictive et à laisser entendre que l'opération est limitée et presque terminée, déclarent les sources interrogées, qui se sont exprimées à condition de rester anonymes.
D'autres voix, plus bellicistes, comme celles des sénateurs républicains Lindsey Graham et Tom Cotton, ou du commentateur Mark Levin, exhortent le président à maintenir la pression sur l'Iran, affirmant que les Etats-Unis doivent à tout prix l'empêcher d'acquérir l'arme nucléaire et répondre avec force aux attaques contre les troupes et les navires américains.
La base populiste de Donald Trump, incarnée par son ancien conseiller Steve Bannon ou l'ancien présentateur de Fox News Tucker Carlson, représente une troisième force, hostile à toute intervention militaire prolongée.
"Il laisse croire aux faucons que la campagne se poursuit, il veut que les marchés croient que la guerre va bientôt se terminer et que sa base électorale croie que l'escalade sera limitée", résume le conseiller présidentiel.
Sollicitée pour un commentaire, la porte-parole de la Maison blanche Karoline Leavitt a déclaré dans un communiqué que l'article de Reuters se fondait sur des "rumeurs et spéculations provenant de sources anonymes qui ne sont même pas présentes lors des discussions avec le président".
"Le président est connu pour être à l'écoute et pour solliciter l'avis de nombreuses personnes, mais chacun sait qu'en fin de compte, c'est lui qui prend la décision finale et qui est son meilleur porte-parole", a-t-elle ajouté. "Toute l'équipe du président est mobilisée pour garantir la pleine réalisation des objectifs de l'opération Epic Fury (Fureur épique)."
RÉCITS CONTRADICTOIRES
Ces objectifs varient au fil des jours, allant de la prévention d'une attaque imminente de l'Iran à la neutralisation de son programme nucléaire, en passant par le renversement de son gouvernement.
Alors qu'il cherche à sortir d'un conflit impopulaire aux yeux d'une majorité d'Américains, Donald Trump tente de jongler avec ces récits contradictoires qui, selon ses détracteurs, compliquent une situation déjà difficile, l'Iran résistant à l'offensive aérienne dévastatrice des Etats-Unis et d'Israël en visant les pétromonarchies du Golfe et en bloquant le détroit d'Ormuz, essentiel au marché du pétrole.
Cette semaine, les principaux conseillers politiques et économiques, dont les avertissements avant la guerre concernant un choc économique potentiel ont été largement ignorés, semblent avoir joué un rôle majeur en poussant Donald Trump à s'efforcer de rassurer les marchés et de contenir la hausse des prix du pétrole et du gaz.
Son changement de discours public, consistant à minimiser l'impact de la guerre, la qualifiant d'"excursion de courte durée", et son insistance sur le caractère temporaire des hausses du prix de l'essence semblaient viser à apaiser les craintes d'un conflit sans fin.
Selon ces sources, certains de ses plus proches conseillers lui ont suggéré de travailler à une conclusion du conflit qu'il puisse qualifier de triomphe, au moins sur le plan militaire, même si une grande partie des dirigeants iraniens survit, ainsi que les vestiges d'un programme nucléaire que la campagne était censée cibler.
Le président américain a fait savoir qu'il fixerait lui-même la date de la fin de campagne, tout en affirmant être bien en avance sur le délai de quatre à six semaines qu'il avait initialement annoncé.
Si la guerre s'éternise, que le nombre de victimes américaines augmente et que les coûts économiques se multiplient, la base électorale de Donald Trump pourrait commencer à s'interroger.
Mais malgré les critiques de certaines de ses figures opposés à tout interventionnisme, les membres de son mouvement MAGA ("Make America Great Again") lui sont jusqu'à présent restés majoritairement fidèles sur la question iranienne, ce qui lui permet de conserver à ce jour, selon le stratège républicain Ford O'Connell, une "marge de manoeuvre".
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)

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